Ce serait une fiction. 2
27 mai 10
C’est une tempête de sable : d’abord la pression du vent qui ne porte encore rien, qui bute, lourd sur un pan du visage, une évidence dans le ciel fané ; puis les premières levées sur les trottoirs, les pans de tissus hissés vers – pourquoi tant d’attention aux tissus ici, à la variété des mailles et des matières ? Il y a l’espace de la rue qui se dresse, qui tend à la verticale et plaqué de nouveau à la prochaine bourrasque, il y a l’attente, la déception, le saisissement à chaque fois dans le contretemps. On avance là-dedans. La ville est plus plane, la rue plus large – on n’en voit plus la fin – ceux qui dedans poursuivent, époussettent leurs étals à même le sol, les plastiques de Chine et du Pakistan, les couleurs criardes au chasse-mouches, ils se courbent, ils prennent des poses compliquées, ils se poursuivent étrangement.
Puis réellement cela vire au sombre. Il y a l’appel dans les haut-parleurs. Il y a les premières gouttes de pluie et le temps long, comme désaccordé avant que réellement elles ne pèsent.
On a dans les mains sueur et sable.
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“Parfois, le corps devient une épaisseur d’espace, et je tombe à l’intérieur, tombe comme une boule, boule toujours se resserrant, toujours se contractant. Boule pleine.”
Bernard Noël
