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	<title>Same cigarettes as me</title>
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		<title>Same cigarettes as me</title>
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		<title>Faces chez Publie.net</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Sep 2011 20:41:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>samecigarettes</dc:creator>
				<category><![CDATA[espèces d'espaces]]></category>

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		<description><![CDATA[Publie.net a mis en ligne la série des Faces, lancées sur ce blog l&#8217;an dernier, reprises, remâchées, relancées ici hier, avec préface et postface (pour 40 pages, voilà le texte bien habillé), d&#8217;Arnaud Maisetti et de Jérémy Liron. Grand merci à eux. Je reproduis ci-dessous le texte de présentation depuis le site. J&#8217;ai toujours le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1288&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.publie.net">Publie.net</a> a mis en ligne la série des Faces, lancées sur ce blog l&#8217;an dernier, reprises, remâchées, relancées <a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504974/faces">ici</a> hier, avec préface et postface (pour 40 pages, voilà le texte bien habillé), d&#8217;<a href="http://www.arnaudmaisetti.net/">Arnaud Maisetti</a> et de <a href="http://www.lironjeremy.com/">Jérémy Liron</a>. Grand merci à eux. Je reproduis ci-dessous le texte de présentation depuis le site.</p>
<p>J&#8217;ai toujours le dossier d&#8217;images découpées dans les journaux qui est à l&#8217;origine de ce texte &#8211; je l&#8217;ai déplacé récemment en revenant à Paris &#8211; je me demandais encore l&#8217;an dernier en partant m&#8217;installer à New York si je devais l&#8217;emmener : dernière masse de papier à laquelle je sois attaché, et finalement d&#8217;autres images depuis accumulées dans l&#8217;ordinateur ont pesé plus lourd, l&#8217;envie de neuf aussi.</p>
<p>Il y a <a href="http://www.marionpoussier.fr">ici</a> [séries personnelles / La libre circulation des désirs] deux images de Marion Poussier évoquées pour la couverture &#8211; blanche finalement, pour un texte en collection <a href="http://www.publie.net/fr/list/collection-835-art-portfolios/page/1/author">Portfolio</a> sans images.</p>
<p>Il y en aurait beaucoup d&#8217;autres que j&#8217;aimerais joindre à ce texte : tout récemment encore dans<a href="http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/07/25/the_war_in_hipstamatic"> cette série de photos à l&#8217;iphone/hisptamatic</a> de Balazs Gardi, <a href="http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/07/25/the_war_in_hipstamatic?page=0,18">un soldat afghan, la tête dans un sac plastique</a> troué juste en place de l’œil, dans le vent. J&#8217;aimerais l&#8217;avis d&#8217;autorités visuelles sur ces images quotidiennes, accessibles, trafiquées simplement à l&#8217;iphone qui nous arrivent de reporters en ballade là où nos représentations se sont ancrées dans des images de professionnels, de journalisme et d&#8217;ethnographie plus ou moins facile (&laquo;&nbsp;l&#8217;Afghanistan éternel&nbsp;&raquo; sur l<a href="http://dl.dropbox.com/u/17779558/DP%20Aghanistan%20OK_light.pdf">a couverture de ce livre </a>auquel je participe, à paraître dans les prochains jours, dont je suis fier mais le chameau et l&#8217;enfant, vraiment, ça nous a fichu un coup, l&#8217;éditeur décide.) &#8211; cela dans un format carré à l&#8217;ancienne.</p>
<p>On y reviendra, quitte à actualiser le texte chez Publie.net. Ils savent faire.</p>
<p><a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504974/faces"><img class="alignleft size-full wp-image-1291" title="Faces_couv" src="http://samecigarettes.files.wordpress.com/2011/09/screen-shot-2011-09-02-at-10-03-41-pm.png?w=460&#038;h=612" alt="" width="460" height="612" /></a></p>
<p>&#8211;</p>
<p>Des images posées, piquées aux murs, dans le décor de la ville ou de votre intérieur, dans les motifs, dans les journaux et dans les livres. D’autres qui remuent à la télévision, à la surface d’un écran. Des images qui sont des objets du monde. Et certaines parfois qui le creusent. Certaines qui ouvrent leur espace propre, qui appellent ce dont elles témoignent là où elles se manifestent mêlant les lieux et les temps, ou qui manifestent leurs qualités d’images, leurs qualités propres dans leur façon de témoigner et qui les fait excéder tout témoignage, toute vocation documentaire. Qui vous retiennent. Des images qui finalement créent un monde dans le monde, qui vous habitent autant que vous les habitez, qui vous regardent autant que vous les regardez.</p>
<p>Le texte de Louis Imbert est le livre d’un regard posé sur ces images qu’il collectionne et sonde jusqu’à espérer qu’elles livrent quelque chose, qu’elles se disent. Des corps, des hommes, des visages surtout et quelques vues qui portent un peu du corps et du visage de qui les a forgées. Et comment ces visages se compliquent d’être pris dans l’image qui fait par-dessus eux un visage encore, une « figure ».</p>
<p>C’est sous le titre de « visages » qu’il nous a d’abord confié ce texte avant de lui préférer celui de « faces » et ce livre tout entier se tient dans cet écart en lequel jouent les images : entre la pure présence, ce « point de fascinante étrangeté » en lequel elles se tiennent et ce qu’elles convoquent et font sinuer en nous. Je me souviens de cette préface par laquelle Artaud présentait une exposition de ses dessins et de ce qu’il insistait sur la difficulté de peindre un visage ou plus probablement de l’incarner. Cette phrase : « le visage humain n’a pas encore trouvé sa face ». De Holbein à Ingres, dit-il, des portraits qui ne sont toujours que des « murs épais », mutiques. Si l’ambition d’Artaud est de passer de l’autre côté de ce mur qu’est le portrait, pour essayer d’atteindre le visage que le portrait masque, de « forcener le subjectile » ou de ne pas se laisser trahir par ce subjectile qu’est la page, force est de constater que les images photographiques quelquefois dérobent au fond du mystère mutique de leurs faces quelque chose qui pourrait bien être un visage et qui alors vient à nous.</p>
<p>Souvent la photographie a manifesté l’influence visuelle des tableaux dont les compositions et les gestes la hantent. On a en mémoire la photographie de Georges Mérillon connue sous le nom de <em>Pieta du Kosovo</em> dont les lumières, l’expressivité des poses et des gestes lèvent des souvenirs de Caravage. Ce titre de <em>Faces</em>, c’est appuyer sur ce en quoi les images dressent des regards aveugles auxquels nos propres regards s’affrontent. Toute la tradition iconique de l’incarnation, la <em>Véronique</em> de Philippe de Champaigne. Ces images auxquelles on bute. Retenir ce mot de « faces », c’est dire comme les images ont des regards qui vous repoussent, qui font que dans leur fixité il vous semble qu’elles ne font toujours que s’éloigner, devenir lointaines, étrangères. Qu’elles s’esseulent. Mais c’est dans ce mouvement paradoxal qu’elles nous ouvrent au travail du regard et alors ce que l’on verrait sourdre des images ce ne serait pas une seule présence fascinante, mais « le toucher pensif en quoi elles changent la vue ».</p>
<p>Au fond, j’étais enthousiaste d’accueillir dans la collection <em>Portfolios</em> précisément ce livre sur l’image, sur notre rapport aux images et qui ne contiendrait matériellement aucune photographie, un livre qui précisément travaillerait à tracer le portrait (forcément subjectif) de ces faces qui nous hantent et en lesquelles parfois un visage nous semble familier.</p>
<p><a href="http://www.lironjeremy.com/">Jérémy Liron</a></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/samecigarettes.wordpress.com/1288/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/samecigarettes.wordpress.com/1288/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1288&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>_New York, 67e jour</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Nov 2010 21:13:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>samecigarettes</dc:creator>
				<category><![CDATA[espèces d'espaces]]></category>
		<category><![CDATA[New York]]></category>

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		<description><![CDATA[Extrait du carnet de notes, paraît la semaine prochaine au Passe Muraille. &#8211; NYC_ ligne C_ 16.09_15h_ Pas savoir dire Ma langue molle hors champ Langue vieille vieux professeurs vieux voyages désarmée saturée mon albumlangue Sourire Languesde peu de pas de nouvelles de Guingois Je dis leur histoire Pourtant plus riche ça va pas durer [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1250&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><em>Extrait du carnet de notes, paraît la semaine prochaine au <a href="http://www.revuelepassemuraille.ch/">Passe Muraille</a>.</em></p>
<p style="text-align:justify;">&#8211;</p>
<p style="text-align:justify;">NYC_ ligne C_ 16.09_15h_ Pas savoir dire Ma langue molle hors champ Langue vieille vieux professeurs vieux voyages désarmée saturée mon albumlangue Sourire Languesde peu de pas de nouvelles de Guingois Je dis leur histoire Pourtant plus riche ça va pas durer Je me promène on parle ensemble on se touche_ Je vais à Brownsville, Brooklyn Je suis avec des boxeurs, je souris, je ne dis pas Je ne sais pas ils parlent vite, ils ont ces accents que je ne comprends pas Je prends des photos Le flic me fait asseoir politesse pas que je courre L’autre plus tard laisse sa radio crier de sa hanche dans mon oreille Ma langue molle Langue apprise ailleurs avec tant qui ne la savaient pas mieux que moi</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Riverside Drive_ 18.09_ 14h_ Sanglier elle dit fouille ici je suis léger, ligne courte Ils placent des électrodes Entre les blocs je peux pas creuser Il y a ceux du tunnel foutus dehors, les longues lignes de lumière de biais sur les rails Ma gorge qui se solidifie dans le souffle du train Ils écoutent le cerveau de  ils veulent savoir_ Comment on sonde dans le bruit autour de soi, sur cela seulement avoir prise</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Queens_19.9_18h_ Etrangement peu d’odeurs dans le courant d’air où tous nous frissonnons Nous sommes chargés d’eau nous y séchons et nos nuques conservent un peu de sel, un peu de sueur_ Ce projet d’aller faire le tour des rivières ici partout présentes, si peu visibles, si absentes de l’imaginaire_ Corps urbain qui régulièrement trouve lieu d’exaspération sur un coin de trottoir, de là dilate sa mesure d’espace_ Tous tatoués signes et surcodages_ L’espace au bout de la ligne A_ La station ouverte_ Les maisons étroites de bois comme dans les îles l’herbe autour Le ciel vaste où les avions prennent leur trajectoire_ Le fait qu’ils traversent un bon quart de ciel avant qu’on ne les entende_ A peine dans la prise d’air_ Les trains L’aluminium_ A mes pieds assis dans l’herbe de la station</p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Camden, NJ_26.09_18h15 C’est des maisons vides Des arbres dans les usines_ les forêts de briques vides autour_ le vacarme Les oiseaux là-dedans juste avant la nuit des armes des chouettes La bibliothèque municipale et dans le carré de pierres de taille 1904 le chaos des racines et la terre et des pages_ La ville blanche plus loin qui semble tenir le port_ Les derniers blancs ici La bière à 1$ l’indécrottable incompréhensible optimisme_ Broadway tout fermé les trous dans Les hélicoptères Le feu dimanche fin d’après midi Près des montagnes de métal Oui possible d’avoir un boulot mais ça Non Près de la réserve à gaz Celui-là avec les lévriers en plâtre sur la terrasse parties homosexuelles intouchable Broadway Les taches mauves sur ses joues Et l’aquarium sur la Delaware River au bord du pont de Philadelphie.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/samecigarettes.wordpress.com/1250/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/samecigarettes.wordpress.com/1250/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1250&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Journal du Brise-lames sens dessus dessous_Juliette Mézenc</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Oct 2010 13:37:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>samecigarettes</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce mois, Juliette Mézenc détache ici un peu du Journal du Brise Lame, lecture régulière pour moi, langue forte. - Journal du Brise-lames sens dessus dessous Kézako le Journal du brise-lames (voici ce que dirait ma grand-mère, la Mamy Dornas, celle qui disait : alors t’es en vacances ? pfff ça sera bien vite passé [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1230&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">
<p style="text-align:justify;"><em>Ce mois, <a href="http://www.google.com/imgres?imgurl=http://img.over-blog.com/500x281/0/52/44/31/30590_400540313253_582523253_4042951_1546020_n.jpg&amp;imgrefurl=http://www.networkedblogs.com/blog/juliette_m%25C3%25A9zenc/&amp;usg=__9fhdg9WW6hy6ZX0ZBCfaLQ2TPUQ=&amp;h=281&amp;w=499&amp;sz=39&amp;hl=fr&amp;start=18&amp;zoom=1&amp;tbnid=-VI0WBRQ8O8otM:&amp;tbnh=106&amp;tbnw=189&amp;prev=/images%3Fq%3Djuliette%2Bm%25C3%25A9zenc%26um%3D1%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26sa%3DN%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26biw%3D1280%26bih%3D613%26tbs%3Disch:10%2C416&amp;um=1&amp;itbs=1&amp;iact=hc&amp;vpx=949&amp;vpy=362&amp;dur=382&amp;hovh=144&amp;hovw=256&amp;tx=187&amp;ty=101&amp;ei=KXulTNyVEMOBlAfx1PGuBQ&amp;oei=EnulTLLrD4L-8AaJtu35AQ&amp;esq=2&amp;page=2&amp;ndsp=20&amp;ved=1t:429,r:13,s:18&amp;biw=1280&amp;bih=613">Juliette Mézen</a>c détache ici un peu du <a href="http://juliette.mezenc.over-blog.com/categorie-10801795.html">Journal du Brise Lame</a>, lecture régulière pour moi, <a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814502406/sujets-sensibles">langue</a> <a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814503182/d-ici-l%C3%A0-n-5">forte</a>. </em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>-</em></p>
<p style="text-align:justify;">Journal du Brise-lames sens dessus dessous</p>
<p style="text-align:justify;">Kézako le Journal du brise-lames (voici ce que dirait ma grand-mère, la Mamy Dornas, celle qui disait : alors t’es en vacances ? pfff ça sera bien vite passé !) ?</p>
<p style="text-align:justify;">Un truc branlant en vérité, tout plein de digressions (me revient Claro et <a href="http://towardgrace.blogspot.com/2009/12/pas-joli-joli.html">cet article </a>où il était question de « zones décoratives »), que des digressions en vérité. Je me dis : faut percer. Pas le mystère, on sait bien que c’est lui qui nous perce. Non, percer le réel, le dégonfler, le faire juter, quelque chose comme ça. Après on est dedans, on baigne dedans, on fait ouf… et c’est reparti mon kiki ! <a href="http://www.seine-saint-denis.fr/spip.php?page=imprimer&amp;id_article=542">Mardi</a>, j’ai lu et entendu du Tarkos et je ne sais pas si ces textes me plaisent ou pas et ce n’est pas la question. Quelque chose perce, là, crève, là. Et c’est beau. Le problème peut-être, quoique : on est peu à se comprendre quand on parle comme ça de littérature… De toute façon, c’est pas de La Littérature, ça. Même moi, j’ai du mal à me comprendre (je me comprends). On est des zincompris.<br />
Alors, donc, revenons : kézako le Journal du brise-lames ? Un vague texte qui flirte avec le roman mais non, ce n’est pas, définitivement (ça c’est réglé une bonne fois pour toutes), ce n’est pas un roman. Le journal du brise-lames flirte avec la poésie mais évidemment, bien sûr que non, ce n’est pas, mais alors PAS DU TOUT, de la poésie. A la rigueur, il lui passe la main sous la jupe. A la rigueur. Parce que ce qui est bien avec la poésie, c’est qu’elle aère, pratique des trous, partout. Ah ! si le Journal du brise-lames pouvait être de la poésie ! On respirerait mieux. Mais non. Je crains. Tant pis. Enfin, vous l’aurez compris, j’espère quand même, hein (« l’espoir a la vie dure » disait une des pauvres que <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/William_T._Vollmann">William_T._Vollmann</a> a rencontrée, je suis cette pauvre). Le journal du brise-lames flirte avec le théâtre, mais alors de loin, du bout du bout, des fois, et encore, suis même pas sûre. En tout cas, moi, perso, je le souhaite pas.  De toute façon, c’est pas de La Littérature.<br />
Oui, j’avais dit à Louis que je lui enverrais un post sur ce truc un peu branlant que je suis en train de construire et qui n’a du journal que le titre. Je m’étais dit à moi que peut-être ce texte sur ce truc un peu branlant que je suis en train de construire allait m’aider à comprendre ce truc un peu branlant etc. Je nage.<br />
J’aime nager dans une matière insaisissable.<br />
Même si j’ai très peur<br />
<strong>Parce que</strong> j’ai très <a href="http://pagesapages.wordpress.com/2010/05/21/livre-des-peurs-primaires-de-guillaume-vissac/">peur</a> ?<br />
Quand je n’ai pas peur je m’angoisse vite. Les rails m’angoissent. On est si vite passé, sous les rails. Alors je déraille, très consciencieusement. A heures régulières. Je m’organise très fort pour ça. J’y pense très fort tout le temps. Comment je vais faire pour me libérer, pour coller serrer toutes les choses à faire, pour avoir le temps, avant, ensuite, pendant, pour avoir l’énergie aussi, de dérailler. C’est que ça demande de tout planifier, la sortie des enfants, leur goûter, les comptes à faire, le plein d’essence, la fiche d’inscription à remplir, la copine à rappeler, le chat à nourrir, ça demande une organisation béton, faut bétonner pour dérailler en paix (parce que, franchement, entre nous, j’ai essayé, déjà, assez longtemps d’ailleurs, de rester sur les rails, meilleure moyen de dérailler au plus mauvais moment, ça te fout une merde dans l’emploi du temps ! alors pas d’autre choix que de planifier de petits déraillements quotidiens. A ce prix que vous pouvez, enfin, devenir quelqu’un d’aimable et même quelqu’un de tout à fait sortable. Certains disent de moi : posée. Bon, faut avouer : je suis bêta-bloquée aussi, ça aide… mais ça fait pas tout.)<br />
Penser aussi à éteindre son portable, désolée : un appel.<br />
Oui, je raccroche, juste pour vous dire que là, je vous ai parlé, vraiment parlé, d’homme à homme. Et que ça va mieux. J’ai un peu moins peur. Même si je ne comprends toujours pas ce que je suis en train de fabriquer. Mais j’ai moins peur de ne pas comprendre. Bon, maintenant, il faut que je me SAUVE.</p>
<p style="text-align:justify;"><em>-<br />
</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Les vases communicants, c’est chaque premier vendredi du mois depuis  juillet 2009 un échange de blog en blog : on écrit non pas pour l’autre  mais chez lui, dans son espace.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>L&#8217;inventaire complet des vases, c&#8217;est <a href="http://www.facebook.com/notes/brigitte-celerier/liste-vases-communicants-octobre/445138245853">ici</a></em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>(merci <a href="http://brigetoun.blogspot.com/">Brigitte Célérier</a>).<br />
</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em><br />
</em></p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/samecigarettes.wordpress.com/1230/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/samecigarettes.wordpress.com/1230/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1230&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>New York on the road_Jean-Louis Kuffer</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Sep 2010 06:24:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>samecigarettes</dc:creator>
				<category><![CDATA[espèces d'espaces]]></category>
		<category><![CDATA[New York]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;accueille un texte du camarade Jean-Louis Kuffer, je ne lui ai pas demandé si c&#8217;est du souvenir ou des archives. Je  m&#8217;installe à New York depuis le mois d&#8217;août. Rejet d&#8217;abord brutal et peu à peu ça prend corps, toujours la difficulté à le dire. Une étape essentielle, c&#8217;est demander aux amis leur regard d&#8217;étrangers [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1099&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><em>J&#8217;accueille un texte du camarade <a href="http://carnetsdejlk.hautetfort.com/">Jean-Louis</a> <a href="http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501799/ceux-qui-songent-avant-l-aube">Kuffer</a>, je ne lui ai pas demandé si c&#8217;est du souvenir ou des archives.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>Je  m&#8217;installe à New York depuis le mois d&#8217;août. Rejet d&#8217;abord brutal et peu à peu ça prend corps, toujours la difficulté à le dire. Une étape essentielle, c&#8217;est demander aux amis leur regard d&#8217;étrangers sur la ville, ceux de passage et les plus ou moins installés. Besoin de ça pour ouvrir ma tête étroite. Merci à JLK. Invitation lancée, invitez-vous, on pourrait poursuivre.</em></p>
<p style="text-align:justify;"><em>On signale au passage prochaine livraison du <a href="http://lepassemuraille.blogspot.com/">Passe Muraille</a> en rentrée américaine.</em></p>
<p style="text-align:justify;">&#8211;</p>
<p style="text-align:justify;">Le courrier routier du Lévrier s’est enfoncé dans la nuit et j’ai rêvé. Il m’a semblé que le courrier routier s’enfonçait dans un conduit, et, faisant corps avec lui, une fois de plus je me suis enfoncé dans mon rêve du puits maudit.</p>
<p style="text-align:justify;">C’est un sentiment paniquant que celui d’être enterré vivant, mais à la panique s’ajoute, par surcroît de rafﬁnement torturant, dans le rêve du puits maudit, la sensation physique et métaphysique qu’au fur et à mesure qu’on s’enfonce le conduit se resserre.</p>
<p style="text-align:justify;">Étrangement je n’avais guère, en ces années, de conscience du précaire de l’existence, dont je ne voyais tantôt que l’affreux, tantôt que le miraculeux. Cependant le rêve du puits maudit me tenait lieu d’avertissement, de même que mes boyaux meurtris. Le sentiment d’être prisonnier, le sentiment d’être enseveli, le sentiment de s’enfoncer dans ce conduit qui se resserrait à chaque mouvement, le sentiment physique et métaphysique que son propre sang se ﬁge dans le puits maudit préﬁgurait physiquement et métaphysiquement mon propre obscur cheminement vers la Vraie Vie. Et pareillement il me semblait que le courrier routier, qui n’avait cessé de s’enfoncer dans les entrailles de la nuit, allait traverser toutes les couches de l’obscurité pour atteindre enﬁn ce que je ne pouvais imaginer.</p>
<p style="text-align:justify;">Or c’était là. Cela se passait à l’instant. Les yeux fermés je le savais: quelque chose de grand advenait; les yeux exorbités, je pleurais et j’exultais: il y avait dans le ciel une ville illuminée; au bout de la nuit, le courrier routier ne s’était arrêté que pour ça: le visage levé vers cet Himalaya de lumière &#8211; à l’instant je me surextasiai.</p>
<p style="text-align:justify;">Depuis trente-trois jours que je me trouvais aux États-Unis d’Amérique, pas une fois je ne m’étais senti ainsi soulevé, soudain délivré de tout un poids qui pesait sur l’ordinaire de mes jours, piètres misères et boyaux meurtris, soudain transfusé de la cosmique énergie que je sentais accumulée dans ce qui venait de m’apparaître comme une galaxie concentrée aux astres géométriquement disposés dans la masse obscure de l’armature de pierre et de verre qu’un seul élan paraissait suspendre entre deux inﬁnis.</p>
<p style="text-align:justify;">J’aurais pu me sentir écrasé par New York. Au lieu de cela je me voyais transporté. Après ces trente-trois jours que j’avais passés aux États-Unis d’Amérique où, le plus souvent, je m’étais senti égaré, seul, éperdu et comme exilé, l’apparition de l’inimaginable cité m’investissait de sa puissance contenue, laquelle me porterait, encore et encore, tout au long des sept jours que j’allais y passer.</p>
<p style="text-align:justify;">Et tout, dans la foulée, se passerait de la même façon quelque peu magique. Tout se trouverait également entraîné dans une sorte de vent d’épopée. Déjà le courrier routier frappé au sceau du Lévrier s’était ébranlé pour se précipiter, quelques instants après, dans le conduit bétonné qui s’enfonce sous le ﬂeuve et pénètre ainsi l’inimaginable cité par ses entrailles, pour dégorger enﬁn son contenu d’obscurs destins humains dans le dépotoir de la gare routière de Times Square.</p>
<p style="text-align:justify;">J’ai tout bien noté, tout bien observé, conformément à la vérité formulée par mon occulte compère Charles-Albert, selon laquelle observer c’est aimer. Ou plus exactement: j’absorbais tout à ﬂeur de peau, je laissais tout m’atteindre, tout m’imprégner, tout m’abreuver et me sustenter, tout me traverser et me fortiﬁer.</p>
<p style="text-align:justify;">Je me suis donc retrouvé dans la gare routière de Times Square, et dès que j’y fus, loin de me sentir perdu au milieu de tant de frères humains paumés, drogués, prostitués, toute la lie de l’humanité, j’enchaînai tout décidé une pensée à l’autre, tout résolu je faisais ça et ça, car je savais que de ça et ça dépendait la liberté de me concentrer et de m’imprégner de la terrible réalité.</p>
<p style="text-align:justify;">Trente-trois fois ainsi, puisqu’il faut bien qu’aussi les chiffres affabulent pour signiﬁer, trente-trois fois j’ai fait avec l’humanité le tour des couloirs en entonnoir de la gare routière de Times Square en attendant que là-haut, à la surface de la terre, le vent d’épopée ne dissipe les ténèbres et les fumées sur la Grande Avenue descendant à la mer.</p>
<p style="text-align:justify;">Trente-trois fois je fus exilé et trente-trois fois repoussé par les ﬂics métissés. Trente-trois fois je fus  excorié vif, le dedans irradié de visions glaciaires et le dehors de la chair comme un ciel de nerfs sous le sel. Trente-trois fois j’eusse aimé me reposer et dormir, mais à chaque instant enﬁn que, putes ou pédés, camés, exilés, nus et solitaires, nous allions nous assoupir, surgissaient les ﬂics métissés qui nous repoussaient.</p>
<p style="text-align:justify;">Il y avait là tout le déchet de la nuit d’Amérique, toute la misère et l’accablement, l’infortune subie et la veulerie consentie, la détresse et le vice, la victime éternelle de l’injustice et l’éternel forban, mais à tourner avec eux dans les couloirs en entonnoir de la gare routière de Times Square, je confondais tous ces visages marqués, ces regards souillés, blessés, meurtris, en un seul corps je rassemblais ces spectres avachis et j’étais ce corps de toute destinée, ce corps créé, arraché au puits maudit, ce corps lavé, ce corps béni, ce corps aimé, ce corps meurtri, vieilli, torturé, cruciﬁé.</p>
<p style="text-align:justify;">Je suis remonté de là-bas dans un état de complète attention. Je me sentais libre et net. Je devais être sale, mais il me sembla plonger dans une onde glacée et claire au moment où, m’arrachant à l’air vicié de la gare routière de Times Square, je débouchai dans l’espèce de fjord de pierre et de verre de la Grande Avenue le long de laquelle déboulait un vent d’épopée.</p>
<p style="text-align:justify;">Sans doute était-ce un peu niaiseux de ma part, mais il n’empêche que je me suis alors ﬁguré que j’étais bonnement un géant. Je n’avais plus guère en poche de quoi survivre en ces lieux qu’un jour ou deux, et cependant je me sentais d’humeur conquérante à déclencher des tempêtes. Et c’est ainsi qu’à gigantiﬁques enjambées je me suis mis à marcher vers la mer.</p>
<p style="text-align:justify;">Tout était d’une altière beauté. Il n’y avait âme qui vive encore dans l’immense décor, et tantôt il me semblait fouler une allée de lave élastique au fond de quelque canyon glaciaire, tantôt les claques d’air et le silence, la perspective inversée des buildings comme appuyés aux lucarnes du ciel, et le mystère, et l’impérieux de tout ça, le ﬁer, l’audacieux, le prétentieux de tout ça, le prodigieux élan de tout ça me portait à me croire, comme en haute altitude, enﬁn délesté de tout le poids d’en bas et pour ainsi dire en passe de léviter. Or je ne délirais pas. Tout niaiseux que je fusse de me croire un géant, je participai de cet élan et, l’esprit décapé, je ne laissai à ma façon de relayer les messagers du vent d’épopée.</p>
<p style="text-align:justify;">Par cette espèce d’escalier de pierre et de verre je suis donc descendu tout le long de la Grande Avenue jusqu’aux docks. Et de bloc en bloc, m’approchant de la mer et commençant de croiser des gens, je me sentais plus léger, plus consistant, plus joyeux. Et là-bas j’ai pris le ferry, déjà bondé de matinaux préoccupés. Or je n’en avais qu’à Manhattan que, de loin, je voyais mieux apparaître tel qu’il est, prodigieux rêve de pierre et de verre de géant niaiseux, formidable cristal des élans, conglomérat d’énergie et de sang, de rationnelle folie et de vent.</p>
<p style="text-align:justify;">Et tout ce premier jour à New York, en ce début de ma trente-troisième année, je n’ai cessé d’arpenter les rues et les avenues en m’imprégnant et en m’abreuvant, me sustentant et me fortiﬁant. Dans un hôtel cafardeux, à deux blocs de la bibliothèque publique à l’architecture de sanctuaire antique où je m’étais réchauffé quelque peu en recomptant fébrilement mes dollars, j’ai pris mes quartiers et me suis cravaté, me suis masqué en sorte de ne pas démériter aux yeux de l’éminent fonctionnaire universitaire qui m’avait invité, en les salons feutrés de la Rayonnance Française, à prononcer l’apologie de mon occulte compère Charles-Albert devant un parterre de dames engoncées; et le même soir, après ladite mondanité masquée, je me retrouvai tout jubilant dans le miteux hôtel aux murs suintants de cafards, tout fringant d’avoir si bien rayonné et dûment repourvu en espèces sonnantes.</p>
<p style="text-align:justify;">De la cité galactique de New York, en sept jours, je ne devais rien voir, au demeurant, de ce qu’on m’avait certiﬁé que je ne pouvais pas ne pas voir, à commencer par les Rothko. Or je vis les Rothko sans les voir, ce qui s’appelle voir, tout occupé que je me trouvais à trouver les lieux appropriés aux soins de mes boyaux meurtris; et ce fut ­là-bas, ce jour limpide où j’avais vu, à l’aube, à quelques pas de l’hôtel miteux où je séjournais, à la 44e Rue, cette vieille chiffonnière aux ﬁnes chevilles de jeune ﬁlle que maintes fois j’avais croisée dans le quartier et qui gisait dans une traînée de sang, ce fut là-bas, aux lieux du mausolée fameux où ne peuvent pas ne pas se voir les Rothko, ce fut là-bas que, soudain, j’évaluai les années-lumière qui me séparaient désormais de tout ce qu’on dit le devoir du culte voué à la culture culturelle.</p>
<p style="text-align:justify;">J’avais donc vu les Rothko sans les voir. À la lettre j’avais manqué à ce devoir cultuel élémentaire que tant de fois on m’avait rappelé dans les cercles policés de l’éminence universitaire et qui tient bonnement à concélébrer toute forme de must homologué par les fonctionnaires du culte de la culture culturelle. Or me remémorant ce moment où, dans le saint des saints de la culture culturelle, en la cité galactique de New York, aux États-Unis d’Amérique, j’avais approché ces choses peintes devant lesquelles on m’avait dit tant de fois qu’on ne pouvait que s’agenouiller, je constatai qu’à cet instant sacré je ne pensai, pour ma part, qu’à mes boyaux meurtris que, pour la première fois, il me serait donné de soulager aux lieux d’un tel mausolée.</p>
<p style="text-align:justify;">Devant les Rothko je n’avais pu que voir, ce qui s’appelle voir, cet agent de sécurité ne cessant de morigéner les adeptes indisciplinés du culte de la culture culturelle qui s’en venaient vériﬁer de tout près l’identité de ce must dont le prix en dollars, qui eût tenu lieu de rente au gardien et à son chien pendant des années, justiﬁait qu’on en interdît la vénération trop rapprochée. Et je m’étais dit non sans incongruité: à considérer sa complexion, cet agent de sécurité souffre assurément de sévères carences; et je m’étais alors rappelé, Dieu sait pourquoi, les chevilles de jeune ﬁlle de la chiffonnière ensanglantée.</p>
<p style="text-align:justify;">Je m’étais trouvé devant les Rothko, cette ﬁn de matinée, et j’avais vu sans voir ces choses peintes à la fréquentation desquelles une éminente fonctionnaire du culte de la culture culturelle m’avait conﬁé qu’il lui avait enﬁn été donné de pénétrer le sens du caché, et tout ce temps mes boyaux meurtris n’avaient discontinué de me faire communier avec les plaies de l’humanité.</p>
<p style="text-align:justify;">Or siégeant, peu après, aux lieux du mausolée fameux du culte de la culture culturelle, je m’étais avisé de cela que là se trouvait plutôt la beauté que partout je cherchais, combien plus humble et nue que les Rothko, d’un petit pan de mur bleu pervenche taché de sang de cafard écrasé tout pareil au losange de ciel vers lequel j’avais levé les yeux le matin tandis qu’à la 44e Rue on enlevait le corps de la chiffonnière défuntée.</p>
<p style="text-align:justify;">Enﬁn tout ce que j’avais vraiment vu, ce qui s’appelle voir, durant les trente-trois jours que je venais de passer aux États-Unis d’Amérique, me revenait au fur et à mesure que, déambulant à n’en plus ﬁnir dans les rues et les avenues de la cité galactique de New York, je travaillais à tout retourner.</p>
<p style="text-align:justify;">Je m’étais retrouvé dans le quartier de Bensonhurst, sur les traces depuis longtemps effacées de mon occulte compère Thomas Wolfe; de celui-ci j’avais exactement suivi le plan, prenant le rapide de la Quatrième Avenue, descendant à la 59e Rue, y empruntant le courrier routier de Sea Beach, descendant au croisement de la Dix-huitième Avenue et de la 63e Rue, puis cheminant à pied le long de quatre blocs – et c’était là, dans une venelle encombrée de détritus, que j’avais vu, ce qui s’appelle voir.</p>
<p style="text-align:justify;">Deux baleines humaines dans la lumière fauve, et c’étaient deux archanges (un autre jour j’avais été à Red Hook, un autre jour encore vers Erie Basin où l’on repêche les noyés, mais ce n’était pas là-bas que cela m’attendait, c’était là), deux sirènes pachydermiques et cette même émanation d’innocence; deux sorelles, deux jumelles de toute évidence: deux coulées de purée dorée à la Rubens dans le même fourreau rose informe, et cela croisait à la voile, cela se dandinait, cela minaudait, cela se dirigeait en toute inconscience sur l’embuscade de voyous métissés barrant la venelle, et cela ne cillait pas de voir les faces boucanées de soleil noir s’éclairer l’une après l’autre du même sourire équivoque, puis cela passait contre toute attente, cela s’ouvrait un sillage soyeux dans le mur de mauvais garçons, cela ﬁgeait sur les babines ensauvagées les horions, les lazzi, les obscénités, tout le bal initial préludant d’ordinaire à l’encerclement de la femelle, à l’embrassement rituel, à l’embrasement sexuel des jeunes mâles faits pour empaler – cela tout fragile et gracile et continuait de se trémousser et de pépier, cela se frayait une allée miraculeuse dans le cuir noir et les peaux balafrées, l’aigre sueur, les arcs bandés, cela s’afﬁrmait simplement comme la ﬂeur au milieu des couteaux.</p>
<p style="text-align:justify;">Un autre soir, au crépuscule mandarine et turquoise d’un des sept jours que je hantai la cité galactique de New York, et c’était sur un banc solitaire du petit square suspendu de Brooklyn Heights faisant face à la mer et aux falaises de pierre et de verre de Manhattan, je me trouvais à resonger à la surexcitation d’un émigré russe rencontré dans un café littéraire de Greenwich Village qui n’avait eu de cesse de m’entraîner dans une partie carrée à la Miller, lorsque, d’une chose l’autre, je me rappelai la bordée carabinée à laquelle j’avais assisté à mon corps défendant, tremblant de ﬁèvre et toussant affreusement dans la fumée et le boucan de l’exécrable Alligator’s Inn de la cité gériatrique de Miami où j’étais descendu le même soir qu’un entier vaisseau de marins; et toute la nuit avait tremblé sous les coups de boutoir conjoints des guitares et des corps endiablés; et voici qu’au matin, par une baie entrouverte du café de l’exécrable Alligator’s Inn, quelque part dans les Tropiques de papier mâché, m’étant traîné jusque-là tout ﬁévreux encore, affreusement toussant, j’avais vu, ce qui s’appelle voir, Adam et Ève aux corps dénudés qui reposaient tout abandonnés et grandioses, nus et roses, sous un palmier mité de ce simili-jardin d’Éden de série B.</p>
<p style="text-align:justify;">Enﬁn, revenant au soir très pur qui verdissait dans les orangés, sur le front de mer des hauts de Brooklyn, en la cité galactique de New York, aux États-Unis d’Amérique, j’avais senti en moi se rassembler toutes les images retournées, et je souriais aux années-lumière – dans mon exil et ma nudité solitaire il me semblait tout voir.</p>
<p style="text-align:justify;"><a href="http://samecigarettes.files.wordpress.com/2010/09/60110_1608171691045_1438776315_1553768_5206600_n.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1100" title="60110_1608171691045_1438776315_1553768_5206600_n" src="http://samecigarettes.files.wordpress.com/2010/09/60110_1608171691045_1438776315_1553768_5206600_n.jpg?w=460&#038;h=306" alt="" width="460" height="306" /></a></p>
<p style="text-align:justify;">&nbsp;</p>
<p style="text-align:justify;">Jean-Louis Kuffer</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/samecigarettes.wordpress.com/1099/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/samecigarettes.wordpress.com/1099/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1099&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<pubDate>Wed, 01 Sep 2010 03:16:22 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[A parcourir ces images, je ne débusque rien. J’ai la tête étroite, une idée neuve c’est chose rare. Je tourne. Il y a ce mouvement qui ne va pas jusqu’à comprendre. Je cherche une relance, comme à écouter en boucle tel pan de musique pendant des heures, pour cela qui à tel instant m’élance. Et [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=samecigarettes.wordpress.com&amp;blog=2695591&amp;post=1066&amp;subd=samecigarettes&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">A parcourir ces images, je ne débusque rien. J’ai la tête étroite, une idée neuve c’est chose rare. Je tourne. Il y a ce mouvement qui ne va pas jusqu’à comprendre. Je cherche une relance, comme à écouter en boucle tel pan de musique pendant des heures, pour cela qui à tel instant m’élance. Et puis j’oublie, je sens venir. Justement ça qui appelle la phrase.</p>
<p style="text-align:justify;">Il me manque encore nombre d’images : j’ajoute en désordre celle des corps coupés de porcs, outres de peau comiques, noués aux pattes, au cou, pendus à un trépied devant l’étal d’un marchant qui me semble exercer en Amérique du Sud, gonflées peut-être d’eau, d’huile, de lait? Celle de cette natte de désinfection, étendue sur une route de la campagne anglaise, les deux rangées d’arbres qui l’encadrent, le réseau noir de leurs branches tirant une discrète crainte vers le point de perspective. Ce portrait de Danielle Collobert : sur près d’un tiers de l’image ses longs cheveux clairs, ses boucles amples, la lumière dessus, ses yeux baissés, le maquillage, l’ombre des cils sous ses yeux. Elle tourne légèrement son visage vers notre gauche, elle regarde par-là, vers le bas, sa colonne semble légèrement bombée, je crois le voir : elle refuse doucement la photographie, elle s’efface. On voit les deux lignes sous les joues dures. Je place à côté d’elle le reliquaire, la tête de sainte : son visage en or, les boucles de cheveux écrasées par sa tempe droite sur un coussin de tissus blanc, dans un plateau d’argent doublé de volutes incrustées or et pierraille, à deux pieds tarabiscotés, derrière son front il y a l’auréole à petites fleurs d’or ciselé et pierraille. L’orfèvre a coupé son cou épais quelques centimètres à peine sous le petit menton. Face à nous, légèrement de biais, il y a le couvercle de cuivre peut-être, très oxydé, qui ferme la tête creuse où la relique est mise. Par derrière, une volute de cheveux dépasse encore, façon nuage.</p>
<p style="text-align:justify;">Aussi cette série de photographies anciennes, vues à Arles : deux femmes italiennes, de fausses jumelles, qui ne se ressemblent pas tant que ça ; l’une passe l’autre d’une tête. Elles portent sur presque chaque image les mêmes vêtements. Elles se font photographier côte à côte un peu partout en Italie, devant des fontaines, des églises, dans des parcs. Souvent il y a un troisième personnage, qui passe ses bras sur leurs épaules, dont elles tiennent chacune un coude. Des hommes apparaissent, par paires. Au bout d’un temps ils portent des habits militaires : c’est le fascisme puis la guerre, puis l’une d’elles n’apparaît plus. L’autre continue de se faire photographier, dans des escaliers et sur des places, seule souvent. Sur certaines elle se tient assez décentrée pour qu’on ait l’impression d’une place laissée à l’autre vide.</p>
<p style="text-align:justify;">Je veux encore poser d’autres images côte à côte, regarder ce qu’elles produisent ensemble, faire et défaire mes nœuds, de près, de loin, laisser filer quelque chose sur quoi je n’ai pas prise. J’ai trop énuméré, j’ai fermé ce texte, qui devient indigeste. J’ai pourtant essayé de rester clair et on n’écrit jamais pour clarifier. C’est, disons, une histoire de mémoire – J’ai fait beaucoup d’efforts pour oublier cela et j’ai très bien réussi, disait une très vielle femme de ma famille, qui glissait alors dans le silence, dans le contre-jour. Cela n’a pas grande importance : c’était un rectangle haut de fenêtre, la baie de Nice derrière proche, pas une voile à deux heures de l’après-midi, chaleur écrasante. J’hésitais à la guider, discrètement, d’habitude prise, à lui rendre un appui dans ce qu’elle avait à dire. Je ne savais pas régler la borne d’air conditionné qui soufflait au milieu de son salon, seule trace visible de l’appareil médical qui conservait son très vieux corps.</p>
<p style="text-align:justify;">Je fais le tour de mes images comme j’écoutais cette femme, qui a presque totalement perdu sa mémoire immédiate. Je tâchais de sentir son étrange présence assise ; elle se déliterait de nouveau tout à l’heure, quand le dérèglement de la machine du souvenir aurait raison d’un autre affleurement, moins solide.</p>
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