Ce matin, Asta Nielsen

17 mai 08

Ce matin Asta Nielsen, actrice de cinéma muet, la voir qui soulève sa jupe pour marcher dans l’eau, les cuisses prises dans les reflets presque noirs, l’eau étonnamment dense et soi en réveil : on regarde la fleur gigantesque, on dirait un gardénia, qui est fichée par-dessus son oreille gauche, elle sourit. Sa robe à taches de couleurs claires flottante est à demi prise d’eau, elle en tient tout un pan ramassé dans la main droite, les plis filent serrés, très découpés, on les croirait durs vers la main, le reste tombe entre ses jambes, y gonfle, resserre la jonction des cuisses parce qu’entraîné par un pan dans l’eau dans sa marche : elle a là-dedans un côté florentin, Printemps de Botticelli mais sa gueule de star, toute en contrastes comme l’eau, comme la peau de ses bras nus au-dessus des coudes, comme ses cheveux noir profond et en désordre, son sourire franc tranchent ; elle peine à marcher. On le sent, elle pousse sur les hanches, elle passe presque lourdement d’un pied sur l’autre. On est à se réveiller : on la comprend parfaitement cette façon d’avancer mi-prise dans le liquide, qui a à voir avec les courses lentes, les empêchements du rêve, avec ses états intermédiaires. On en a l’impression physique, dans le corps pas déjà repris par l’extérieur, corps du réveil retourné comme un gant, comme l’autre du drogué duquel un énervement trop brusque, un verre d’eau fraîche, une bouffée de panique effacent l’effet. Cet état, à la fois on peine à s’en sortir, on y est comme englué, mouillé et fragile, qu’un coup de la cuisse sur la table basse, du bras sur une bibliothèque efface, rend à une autre conscience de jour.

D’où vient que c’est souvent avec ce corps-là qu’on écrit, avec celui-là qu’on croit la pâte de ses idées neuve ? A quel point on est purifié des divisions de la veille, des choix, des voies prises ? De la raison qui marche, qui avance droit, emmène ?

Publicités

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :