Ce serait une fiction. 3

28 mai 10

En direction de Qasaba, district 15, plein Nord: le défilé des camions, celui-là pakistanais a deux yeux de femme verts peints au cul, qui se démarquent dans ses cascades décoratives, animaux et “Gloire à Dieu”, dominante rouge. Il y a la photo du tatoué japonais de Bataille qui remonte en tête, le temps pour la situer. On est derrière les usines à mariages, grands immeubles-halls de verre bleu brossé de poussière, on a traversé le quadrillage des boulevards larges sur des kilomètres autour, au Nord-Est.

Vers Qasaba, ça se délite en route périphérique: les entrepôts à main gauche, quand on file vers l’est, vers l’aéroport. Ils y coulent les murets de protection de béton pour les militaires, l’ONU, les baraques de ministres: tout ce qui dans le centre forme depuis 2005 une racine de plus en plus étendue, ramifiée. Ceux qui n’ont pas la carte pour passer par les rues fermées empruntent les deux dernières à relier l’Est à l’Ouest.

Hassan dit qu’il file droit quand il passe à Qasaba. Trop de camions, on ne vous verrait pas disparaître. Et puis il y a les collines, derrière les chantiers de béton et la possibilité qu’on en descende. On y passe une demi-heure, quarante minutes le temps d’enregistrer correctement dans le micro et l’appareil photo. On ne sait pas trop si on a tort, si les ONG qui donnent ces conseils ne sont pas un tantinet surprotectives. On repart ailleurs.

“Dans une petite ville du Ventoux, on est en train de juger une famille de paysans. Le jeune gars a étranglé sa femme. Après ça, il a chargé la femme morte sur ses épaules et est allé la pendre comme une pintade dans l’escalier du grenier. Le père mangeait son fromage sous le chêne. Il a vu passer le fils chargé.

– Où vas-tu ?

– Pendre l’Augusta.

Ca lui a paru tout naturel.”

Jean Giono

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