Journal du Brise-lames sens dessus dessous_Juliette Mézenc

1 octobre 10

Ce mois, Juliette Mézenc détache ici un peu du Journal du Brise Lame, lecture régulière pour moi, langue forte.

Journal du Brise-lames sens dessus dessous

Kézako le Journal du brise-lames (voici ce que dirait ma grand-mère, la Mamy Dornas, celle qui disait : alors t’es en vacances ? pfff ça sera bien vite passé !) ?

Un truc branlant en vérité, tout plein de digressions (me revient Claro et cet article où il était question de « zones décoratives »), que des digressions en vérité. Je me dis : faut percer. Pas le mystère, on sait bien que c’est lui qui nous perce. Non, percer le réel, le dégonfler, le faire juter, quelque chose comme ça. Après on est dedans, on baigne dedans, on fait ouf… et c’est reparti mon kiki ! Mardi, j’ai lu et entendu du Tarkos et je ne sais pas si ces textes me plaisent ou pas et ce n’est pas la question. Quelque chose perce, là, crève, là. Et c’est beau. Le problème peut-être, quoique : on est peu à se comprendre quand on parle comme ça de littérature… De toute façon, c’est pas de La Littérature, ça. Même moi, j’ai du mal à me comprendre (je me comprends). On est des zincompris.
Alors, donc, revenons : kézako le Journal du brise-lames ? Un vague texte qui flirte avec le roman mais non, ce n’est pas, définitivement (ça c’est réglé une bonne fois pour toutes), ce n’est pas un roman. Le journal du brise-lames flirte avec la poésie mais évidemment, bien sûr que non, ce n’est pas, mais alors PAS DU TOUT, de la poésie. A la rigueur, il lui passe la main sous la jupe. A la rigueur. Parce que ce qui est bien avec la poésie, c’est qu’elle aère, pratique des trous, partout. Ah ! si le Journal du brise-lames pouvait être de la poésie ! On respirerait mieux. Mais non. Je crains. Tant pis. Enfin, vous l’aurez compris, j’espère quand même, hein (« l’espoir a la vie dure » disait une des pauvres que William_T._Vollmann a rencontrée, je suis cette pauvre). Le journal du brise-lames flirte avec le théâtre, mais alors de loin, du bout du bout, des fois, et encore, suis même pas sûre. En tout cas, moi, perso, je le souhaite pas.  De toute façon, c’est pas de La Littérature.
Oui, j’avais dit à Louis que je lui enverrais un post sur ce truc un peu branlant que je suis en train de construire et qui n’a du journal que le titre. Je m’étais dit à moi que peut-être ce texte sur ce truc un peu branlant que je suis en train de construire allait m’aider à comprendre ce truc un peu branlant etc. Je nage.
J’aime nager dans une matière insaisissable.
Même si j’ai très peur
Parce que j’ai très peur ?
Quand je n’ai pas peur je m’angoisse vite. Les rails m’angoissent. On est si vite passé, sous les rails. Alors je déraille, très consciencieusement. A heures régulières. Je m’organise très fort pour ça. J’y pense très fort tout le temps. Comment je vais faire pour me libérer, pour coller serrer toutes les choses à faire, pour avoir le temps, avant, ensuite, pendant, pour avoir l’énergie aussi, de dérailler. C’est que ça demande de tout planifier, la sortie des enfants, leur goûter, les comptes à faire, le plein d’essence, la fiche d’inscription à remplir, la copine à rappeler, le chat à nourrir, ça demande une organisation béton, faut bétonner pour dérailler en paix (parce que, franchement, entre nous, j’ai essayé, déjà, assez longtemps d’ailleurs, de rester sur les rails, meilleure moyen de dérailler au plus mauvais moment, ça te fout une merde dans l’emploi du temps ! alors pas d’autre choix que de planifier de petits déraillements quotidiens. A ce prix que vous pouvez, enfin, devenir quelqu’un d’aimable et même quelqu’un de tout à fait sortable. Certains disent de moi : posée. Bon, faut avouer : je suis bêta-bloquée aussi, ça aide… mais ça fait pas tout.)
Penser aussi à éteindre son portable, désolée : un appel.
Oui, je raccroche, juste pour vous dire que là, je vous ai parlé, vraiment parlé, d’homme à homme. Et que ça va mieux. J’ai un peu moins peur. Même si je ne comprends toujours pas ce que je suis en train de fabriquer. Mais j’ai moins peur de ne pas comprendre. Bon, maintenant, il faut que je me SAUVE.


Les vases communicants, c’est chaque premier vendredi du mois depuis juillet 2009 un échange de blog en blog : on écrit non pas pour l’autre mais chez lui, dans son espace.

L’inventaire complet des vases, c’est ici

(merci Brigitte Célérier).


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5 Réponses to “Journal du Brise-lames sens dessus dessous_Juliette Mézenc”

  1. Ah très chère Juliette, j’aime voir comme nos déraillements sont parfois parallèles, et que c’est ainsi qu’ils se rejoignent

  2. cjeanney said

    Déraillée, sauvée, apeurée et la main sous la jupe, oui ! J’approuve tout.

  3. On aura compris que le journal de brise-lames est un truc très très carré voire même au bord du psychorigide :)

  4. ChGrossi said

    Bien ça je trouve de profiter de la porte ouverte d’un ami pour se poser ces questions-là. Qui me questionnent aussi. Brisent l’âme, oui, brise-larmes aussi parfois. Sur vos rails vous êtes, ça j’en suis certain. Ce voyage qui nous fait et nous défait, disait Bouvier, vous y êtes en plein.

  5. juliette said

    merci à vous pour visites, lectures et messages. Important (et j’attends d’être chez moi pour vous lire à mon tour).

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